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2026 - Michel THOMAS

Michel THOMAS

Sa femme, Anne, et ses filles, Cécile et Catherine, nous ont appris le décès de Michel Thomas, le 5 août 2026, à l'âge de 80 ans.

Michel était ingénieur ENSI de Grenoble. Il est arrivé à l'ILL en 1970 comme responsable d'un diffractomètre 4-cercles rayons X (LI4) en attendant les neutrons.
En 1972, il construit le diffractomètre 4-cercles neutrons D8 avec Alain Filhol et ceci débute 17 ans de construction d'instruments pour l'ILL  avec comme points marquants :
1974 - il attaque la construction du diffractomètre D15, l'un des rares instruments qui auront su tirer partie de l'un des faisceaux inclinés du niveau C du réacteur.
1979 - il se voit confier le projet D19, un diffractomètre conçu pour être équipé d'un grand multidétecteur courbe, du jamais vu à l'époque.
1984 - il aide Michel Roth à construire DB21, un diffractomètre spécifiquement conçu pour la biologie.
1986 - il aide Roland May pour son instrument de diffusion aux petits angles, D22.
En 1989 il entame une nouvelle carrière en passant à la conception d'instruments via des calculs aux éléments finis. Il s'intéresse tout particulièrement aux dispositifs magnétiques. Il devient chef du Bureau Projets et Calculs ("Mechanical calculations and engineering science office").
Il part à la retraite en 2010 mais ne s'arrête pas pour autant de faire profiter l'ILL de ses compétences en travaillant pour le SANE (environnement échantillon) et pour des projets instrumentaux comme ceux associés à FIPPS (physique nucléaire) et autres.
Par ailleurs c'était un sportif convaincu, passionné de tennis, de vélo, de randonnées et aussi de voitures.

Michel était quelqu'un de très agréable, très compétent et fiable. C'est un excellent collègue qui nous quitte là ! L'ARILL a une pensée émue pour sa famille.

Témoignage d'Alan Hewat

Je connaissais Michel Thomas depuis 1973, époque à laquelle j'ai rejoint l'ILL en tant que jeune scientifique australien, également dans le domaine de la diffraction.

C'était un excellent ingénieur qui avait construit le diffractomètre à très haute intensité D8 avec son collègue scientifique Alain Filhol, dont la personnalité était bien différente de la sienne. Michel était sérieux et méticuleux, doté d'un humour discret, tandis qu'Alain était imaginatif et audacieux. Ils formaient une belle équipe et sont restés amis toute leur vie. Michel a transformé le D8 en D19 — le premier diffractomètre de l'ILL pour monocristaux équipé d'un détecteur à localisation 2D (PSD) — en collaboration avec mon ami et compatriote australien, le regretté Sax Mason. Michel a également participé à l'installation des instruments D15 et D3  (venus de Harwell avec Jane Brown de Cambridge). Plus tard, il a travaillé sur les diffractomètres DB21 et D22, en dehors du groupe Diffraction, et s'est de plus en plus intéressé à la conception d'instruments assistée par ordinateur ; il a fini par diriger le Bureau Projets et Calculs de l'ILL, concevant des instruments destinés à être fabriqués non plus par l'ILL, mais par des entreprises extérieures.

J'admirais Michel pour sa compétence technique et sa nature modeste et réservée. C'était aussi un grand sportif et un cycliste passionné, tout comme d'autres collègues de l'ILL tels que Pierre Convert. Michel fut l'un de ceux qui ont permis à l'ILL de passer du rêve de scientifiques à une véritable prouesse d'ingénierie. Son épouse et ses filles peuvent être fières de l'avoir soutenu, en particulier dans ces moments difficiles.

Témoignage d'Édouard Roudaut

J’ai bien connu Michel à ses débuts à l’ILL, alors que j’avais pris la responsabllité des faisceaux de D2 et D8 ainsi que du multidétecteur placé au bout des guides. J’ai donc eu l’occasion de le rencontrer souvent et j'ai trouvé en lui quelqu’un de très agréable et plein de gentillesse et d’humour. Ils formaient avec Alain Filhol un duo bien sympathique et j’ai gardé de Michel un excellent souvenir et je regretterai beaucoup sa disparition.

Il restera pour moi une des personnes dont je garderai le meilleur souvenir lors de mon passage à l’ILL 

Témoignage d'Alain Filhol

Michel a beaucoup compté pour moi et je souhaite à tous d'avoir, ou d'avoir eu, un collègue comme lui.

Quand je suis arrivé à l'ILL en décembre 1971, j'ai eu la chance que l'on m'installe dans le bureau de Michel, un “ancien” puisqu'arrivé à l'ILL en 1970. Il s'était vu confier la responsabilité d'un diffractomètre 4-cercles rayons X Siemens AED (instrument LI4) qui, dans l'idée de la direction, devait servir aux nouveaux venus à s'autoformer aux techniques de diffraction. Excellente décision vraiment, car Michel et moi avons essayé des tas de trucs qui nous furent super utiles quand les neutrons ont été là.

Quand, en 1972, Bernard Jacrot m'a confié la construction du diffractomètre 4-cercles neutrons D8, c'est tout naturellement que j'ai demandé à Michel de travailler avec moi. On était des parfaits débutants en neutronique mais très complémentaires car Michel était bien meilleur que moi en maths et moi bien plus à l'aise que lui en informatique et tous les deux intéressés par les aspects pratiques de construction d'un instrument. Je crois que Michel a apprécié autant que moi cette période intense et exaltante où, avec l'aide de Jean-Michel Reynal, notre excellent technicien, on essayait, expérimentait tous azimuts.

Michel était très sportif et m'a d'abord poussé vers le tennis mais je n'avais pas son esprit compétiteur. Il m'a ensuite choisi un vélo de course fabriqué sur mesure chez un petit artisan (vélo que j'ai toujours !). Mais, mieux encore, il m'a fait remarquer les jolies jambes de la demoiselle Travers avec qui je me suis marié peu après (et que j'ai toujours ! Enfin, je veux dire qu'elle m'a gardé !)

En 1974 Michel est parti construire D15 (diffractomètre dont certains éléments avaient été donnés par Harwell) sur un faisceau de neutrons incliné (une rareté !) et on a continué à collaborer sur ce projet même si j'étais officiellement sur les diffractomètres D9 puis D10.
En 1979 Michel a attaqué la construction de D19 pour Sax Mason, un diffractomètre dont l'objectif ambitieux, à l'époque, était qu'il soit équipé d'un grand multidétecteur bidimensionnel courbe, un dispositif qui n'existait pas encore. Faute de logiciel de traitement des données, il galérait avec le 1er prototype de Jean Jacobé et André Rambaud. En me demandant de l'aide, il m'a fait à nouveau un énorme cadeau. Le logiciel que je lui ai écrit en quelques nuits m'a valu d'être réembauché à l'ILL après la fin de mon contrat (et j'y suis toujours !)

Nos chemins se sont écartés ensuite notamment quand, au début des années 90, il est devenu chef du bureau d'études puis du Bureau des Projets et Calculs. Philippe Malbert et Eddy Lelièvre-Berna parlent de cette période mieux que je ne pourrais faire. Mais en 2010, on s'est retrouvés pour un pot de départ à la retraite, puis pour des voyages avec l'ARILL ou pour des coups de pouce en informatique.

Agréable, calme, efficace, très fiable, ... comme le dit Claude Zeyen "Michel, c'était un BON !"
Et je ne n'oublie pas Anne, sa femme qui ne lui cède rien en qualités, et ses filles Cécile et Catherine que, ma femme et moi avons eu l'honneur de “babysitter” un soir alors que nous n'avions pas encore d'enfant.

Vous l'avez compris, cristallographie, tennis, vélo, femme et ambiance de boulot, je dois énormément à Michel !
 

Témoignage de Philippe Malbert

Je suis entré à l'ILL en 1993, jeune ingénieur de 33 ans, en tant que responsable du bureau d'études des instruments. C'est Michel Thomas qui m'a embauché. Il était à l'époque Chef du Service Mécanique de la DPT (Division Projets et Techniques), et en tant que tel chapeautait, entre autres groupes, le bureau d'études.

Deux ans plus tard, Michel a laissé vacante sa place de Chef de Service pour prendre une fonction plus technique, ingénieur calcul, puis il a fondé un département calcul et suivi de projets. Michel n'était pas intéressé par les responsabilités hiérarchiques et les titres. Il n'était intéressé que par les challenges techniques et la recherche de l'excellence. Un véritable "ingénieur" au sens noble du terme.

Au cours de mes 10 ans passés à l'ILL Michel a été un collègue sur qui j'ai toujours pu m'appuyer, et à qui je venais demander conseil quel que soit le problème rencontré: conception d'instrumentation, gestion de personnel, problème mathématique, ... Parmi mes nombreuses tâches à l'ILL celle que je préférais était le calcul, ces moments que je partageais avec Michel dans la salle dédiée où chacun exposait à l'autre le travail à faire, et on discutait de la meilleure façon d'y arriver, ou des difficultés rencontrées et de comment les résoudre. Ce que Michel m'a appris dans ce domaine particulier du calcul m'a fait passer pour un "expert" dans toutes les sociétés où j'ai travaillé ensuite. Mais le véritable expert calcul c'était bien lui. En électro-magnétisme son expertise était reconnue dans tout le CEA.

Mais Michel c'était plus que cet excellent collègue de travail, c'était aussi un sportif accompli qui comme dans son métier cherchait à aller au bout des choses. Nous partagions l'amour du vélo et de l'effort sportif et avons fait ensemble de nombreuses sorties à vélo autour de Grenoble.

Je garde de Michel l'image d'une personne passionnée, qui recherchait la perfection et excellait dans tout ce qu'il faisait. Mais aussi celle d'une personne simple, ouverte et droite.

Philippe Malbert

Témoignage de Christian Vettier

J’ai rencontré Michel Thomas à la rentrée universitaire de septembre 1967 à Grenoble, à Institut National Polytechnique dans la première promotion de l’école de Génie Physique. Cette nouvelle école avait été créée durant les vacances d’été pour former des ingénieurs de recherche. Sans aucun doute, les étudiants sportifs comme Michel attirés par les Jeux Olympiques de 1968 à Grenoble, bons en maths comme Michel mais qui avaient réalisé, après les concours d’entrée, que les mathématiques appliquées ne leur convenaient pas totalement, ont profité de l’occasion pour s’ouvrir au monde plus vaste de la recherche en physique/chimie. Il semble me souvenir que Michel est sorti premier de la promo en 1970.

Michel aimait tous les défis, pas pour se vanter mais pour l’effort; et cela valait aussi pour les maths et le calcul ! Il adorait les mathématiques classiques, comme celles des fonctions spéciales, du genre fonctions de Bessel ou les développements en série de polynômes.

Curieusement, je n’ai pas travaillé avec Michel à l’ILL mais à l’ESRF. Nous avions un problème de courbure de cristal monochromateur pour le rayonnement synchrotron, et j’ai travaillé avec Michel pour pouvoir formaliser analytiquement notre problème en vue d’une optimisation. Michel s’est régalé, ravi de jongler avec le formalisme et de se replonger dans le calcul. Je savais que je pouvais compter sur lui, il n’a pas failli, et sans fioritures.

Merci Michel, tu as été très costaud et fiable!

Témoignage d'Eddy Lelièvre-Berna

En 1994, peu après mon arrivée à l’ILL, j’ai rapidement commencé à collaborer avec Michel. À cette époque, il commençait à travailler avec Francis Tasset sur deux sujets clés : la polarimétrie sphérique à champ nul et les filtres de spin pour neutrons à base d’³He polarisé.

Michel avait d’abord calculé les champs magnétiques générés par divers appareils. Il avait ensuite intégré dans ANSYS (logiciel de simulation par éléments finis) une méthode pour évaluer le facteur d’adiabaticité, un paramètre essentiel pour estimer l’efficacité du transport de la polarisation d’un faisceau de neutrons. Cette étape était cruciale pour Francis et Michel, qui en comprenaient parfaitement les enjeux. Par la suite, nous avons consacré beaucoup de temps à développer une technique permettant de simuler, toujours avec ANSYS, l’effet Meissner des écrans supraconducteurs.

Les contributions de Michel au développement des techniques de neutrons polarisés ont été majeures. Voici quelques-unes de ses réalisations les plus marquantes :

1999 : Michel a conçu et optimisé le Cryopol-I, un dispositif permettant de piéger un champ magnétique homogène nécessaire au maintien de la polarisation des noyaux d’³He. Les premiers tests, menés avec Eric Bourgeat-Lami, ont révélé que nos hypothèses initiales étaient incorrectes. Mais en refroidissant le Cryopol dans sa bobine, tout en l’alignant avec le champ terrestre, on a fini par obtenir des résultats corrects.

2002 : Michel a calculé l’orientation et l’homogénéité du champ magnétique de guidage de la polarisation du faisceau au contact de l’écran Meissner courbé du Cryopad-III. Il avait prédit un décalage indésirable de 0,6° dans la rotation de la polarisation du faisceau, pour une configuration particulière. J’ai pu confirmer cette prédiction en 2003 lors des calibrations. Michel en était très fier, et à juste titre : une fois intégré dans le logiciel de contrôle, cet offset est devenu transparent pour l’utilisateur.

2006 : Michel a simulé la Magic Box, un système destiné au transport des cellules d’³He polarisé. Peu à l’aise avec l’informatique, il avait utilisé un programme que je lui avais fourni pour analyser les résultats d’ANSYS. La Magix Box a depuis été reprise par d’autres centres de neutrons et reste aujourd’hui la méthode la plus fiable pour transporter des cellules d’³He.

Par la suite, Michel a repris les calculs du Cryopol en y intégrant des écrans en µ-métal et en appliquant un champ terrestre. Il rencontrait des difficultés et m’avait écrit :
« Tout cela est désespérant. Il doit y avoir d’autres erreurs ailleurs ? Pose-moi des questions qui m’obligeraient à entreprendre d’autres contrôles ! ». J’ai donc posé des questions… et une semaine plus tard, il m’a écrit : « Je viens de me rendre compte d’une erreur d’aiguillage. »

2007 : Grâce à ses calculs (16 modèles différents !), nous avons développé le Cryopol-II, bien plus simple à utiliser et équipé d’un nutateur spécifique à D20 pour effectuer des mesures d’intensité dépendantes du spin. Ce système, unique au monde, est toujours utilisé régulièrement sur D20, mais aussi sur D1B.

Michel m’a aidé à vérifier qu’on pouvait coupler la polarimétrie sphérique avec le spin-echo. Avec Eric, nous sommes allés à Berlin avec le Cryopad-III et avons démontré avec Katia Pappas, que ce couplage fonctionnait parfaitement. C’est ainsi qu’on a découvert la première phase de Skyrmions dans MnSi.

Michel a également réalisé les calculs du premier analyseur de polarisation grand-angle (PASTIS), ouvrant la voie à de nombreux développements. Aujourd’hui, nous en sommes à la version 3, exclusive à l’ILL.

Quand Michel a pris sa retraite en août 2010, j’étais en train de travailler avec Feri Mezei sur la construction d'un flipper RF, un dispositif permettant de ralentir ou d'accélérer des neutrons froids. Ce projet s’est bien déroulé, mais les suivants exigeaient l'expertise unique de Michel. J’ai donc fait appel à lui, et il a généreusement accepté de me prêter main-forte en tant que LTV, malgré le refus de la direction de l’époque de rémunérer ses contributions.

Cryopad-EDM, SuperSUN et FIPPS sont les projets majeurs auxquels Michel a ensuite participé. Le premier nous a permis de concevoir une version de Cryopad plus précise qu'Eric et moi comptons construire bientôt. L'octupole magnétique de SuperSUN est en cours d'assemblage et Michel a suivi sa construction avec beaucoup d'enthousiasme. Quant à FIPPS, le concept de l'aimant supra a été plébiscité par les auditeurs externes.

Michel était toujours discret, voire taiseux, mais il participait avec joie aux repas du service. Un jour, en réponse à notre invitation, il m’a écrit "Les PFI, c'est bien, mais le resto, c'est mieux ... Amitiés". De temps en temps, il avait besoin d’un petit coup de main en informatique, ce qui nous donnait une occasion de se voir et de parler des nouveaux projets.

Pendant 3 décennies, nous avons discuté de nombreux projets avec énormément d’enthousiasme et de respect mutuel. Ces derniers mois, quand je passais voir Michel à l’hôpital ou chez lui, il me disait : "Assied toi. Vas-y raconte!".

A l'hôpital, j'ai été surpris d'apprendre que Michel pensait ne pas avoir fait assez pour son prochain. Michel a contribué à la conception de plusieurs instruments, a participé à des projets vitaux pour l'institut, et a contribué au leadership mondial de l'ILL dans les neutrons polarisés. Des scientifiques du monde entier viennent à l'ILL faire des expériences qu'ils ne peuvent pas faire ailleurs. 

Merci Michel.

Dernière mise à jour : 23 August 2026